Johanne Lefebvre »

JOHANNE LEFEBVRE

CE TRÉSOR FRANCO-ONTARIEN

Entrevue par Annie Lafortune
Images © Photographie Miguel Lalonde

En 2011, elle reçoit le prix Trille Or, catégorie Meilleur album jeune public pour son CD Le Camion rouge. En 2005 et 2007, elle est lauréate de deux prix Trille Or pour son spectacle À la ferme de Jojo ainsi que pour son cd du même titre. De plus, elle est gagnante du prix Inspiration Coup de foudre de Réseau Ontario en 2006. Son parcours atypique l’a propulsée dans un univers dont seuls les enfants en connaissent les trésors.

Johanne Lefebvre ne s’attendait pas à connaître une telle gloire auprès des jeunes. Mais il n’y a pas de hasard qui tienne; les choses arrivent pour une raison. Depuis maintenant 20 ans, Jojo est pour les jeunes et leurs parents un personnage enjoué, sympathique et habilement pédagogue.

La famille
Sensible à tout ce qui l’entoure, Jojo grandit à Hammond, sur la ferme familiale, entourée de nature, d’animaux qu’elle aime tant et de jolies fleurs. Avec ses cinq frères et sœurs, c’est dehors qu’ils vivent la plupart du temps. Le clan Lefebvre est tricoté serré. Enfants, parents, oncles, tantes, cousins et cousines ne manquent jamais une fête, jamais une occasion de se réunir et de pousser la chansonnette.

« On a des oncles et des tantes musiciens. C’était quelque chose quand on se réunissait, c’était magique et joyeux. Et ça l’est toujours quand on se réunit aujourd’hui. Il y a toujours de la place pour la musique »

Le don musical

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Johanne a toujours aimé chanter sans pour autant vouloir en faire un métier. Vouant un amour profond pour les animaux, elle se voit vétérinaire. Puis, comme la plupart des enfants, elle change d’idée. Elle veut devenir fleuriste « pour avoir les plus belles fleurs chez moi », rigole-t-elle.

Adolescente, elle fait son entrée à l’École secondaire catholique L’Escale, à Rockland. L’école n’est pas ce qu’elle préfère. Ce qu’elle aime, c’est son groupe de musique avec lequel elle évolue comme chanteuse. « Tous les midis, on se réunissait et on pratiquait. Je n’attendais que ça. » Voilà ce qui la motivait.

À la fin de son secondaire, elle voit bien que les études ne sont pas faites pour elle. « J’avais tellement hâte de m’acheter de beaux vêtements, de beaux souliers, que j’ai intégré le milieu du travail après le secondaire», explique-t-elle.

Rapidement, à seulement 17 ans, elle est embauchée en administration dans la fonction publique fédérale. Quelques années plus tard, elle se marie avec son premier grand amour rencontré à L’Escale, Mario Perrier. Depuis leur adolescence, ils ne se sont jamais quittés. « On a eu deux beaux enfants, Marilyne et Benoit, qui ont maintenant 24 et 26 ans. »
C’est à son travail que la musique la rattrape, une fois de plus. « J’avais plein d’amis qui travaillaient en informatique et c’est drôle car ils étaient tous musiciens », mentionne-t-elle. Un hasard ? Non…

Avant de se joindre à un autre groupe de musiciens, à l’extérieur de son travail, elle devient maman de deux enfants. « Je leur chantais des chansons pour enfants. J’avais tout un répertoire pour eux. »

La naissance de Jojo

Un jour, on demande au groupe de bien vouloir chanter lors d’un important évènement de levée de fonds pour le Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario (CHEO) qui se tenait à Hammond. Mais à quelques jours de la date fatidique, les musiciens décident d’abandonner le projet. « Il y avait une course de F1 à Montréal et ils ont préféré s’y rendre », se souvient-elle, amusée.

Pas question pour elle d’annuler sa présence à cette importante journée.

 

« J’ai ouvert ma garde-robe, je me suis habillée avec des vêtements colorés, je me suis fait une couette sur le côté de la tête, j’ai rajouté un peu de maquillage, et voilà… Jojo est née ! »

Elle traîne avec elle sur la scène son petit ordinateur qui renferme les mélodies de son répertoire de chansons pour enfants. « Mon ami Ordi… Depuis le premier jour, il ne m’a jamais quittée. Il a toujours fait partie de mes spectacles. J’ai même écrit une chanson sur lui. »

Cette journée a changé sa vie. Elle connaît un succès fulgurant. Les écoles françaises de l’Ontario se l’arrachent. « Je ne m’attendais pas du tout à ça », dit-elle encore tout étonnée.

Après plusieurs années de tournées aux quatre coins de l’Ontario, avec près de 1 000 spectacles à son actif, des dvd, des cd, des capsules télévisées pour le compte de l’émission Mini TFO, la production et la diffusion de séries d’émissions pour enfants sur la chaine de télévision francophone tv Rogers Ottawa, c’est À la ferme de Jojo qu’elle reçoit les écoliers.

En 2012, c’est à la Station 4 Saisons que le couple et ses deux grands enfants décident de s’installer pour de bon pour y recevoir les jeunes, été comme hiver. « Plutôt que d’aller visiter les enfants dans les écoles, on les fait désormais venir à nous. Jusqu’en juin, c’est la découverte de la ferme. Au mois de mars, c’est le temps des sucres et en décembre c’est Jojo et le Noël des animaux. Je me sens toujours bien de travailler pour les enfants », souligne-t-elle.

 

Au tour des adultes

Bien que Jojo continue de donner des spectacles à la Station 4 Saisons, elle et son mari en ont fait un lieu de prédilection non seulement pour les enfants, mais aussi pour les adultes, en étendant leurs services : mariages, fêtes privées, réunions professionnelles, cabane à sucre, spectacles… Ils ont décidé d’y mettre le paquet afin d’offrir un endroit magique non seulement aux gens de la région mais également de tout l’Est ontarien.

Chaque dernier jeudi du mois, on peut venir se dilater la rate en assistant aux 4 Saisons de l’humour, des spectacles regroupant la relève franco-ontarienne et québécoise de l’humour ainsi que des humoristes bien connus dans le milieu artistique comme Réal Béland qui s’est déjà produit à la Station. C’est sous le chapeau des Productions 4 Saisons que les spectacles sont présentés.

Plus haut, plus loin

À 55 ans, Jojo a toujours ce je ne sais quoi qui la pousse toujours plus haut, toujours plus loin. Bien installés à la Station 4 Saisons, elle et son mari ne se lassent pas de réinventer, d’innover, d’offrir, de penser au bien-être de leurs visiteurs, bien qu’ils aient pris tous les deux une retraite anticipée pour pouvoir réaliser ce qui est devenu un rêve pour eux.

Les enfants, mais aussi les adultes aiment la chaleur de Jojo, ou Johanne, c’est comme on veut. Elle émerveille tout le monde par son propre émerveillement. On tombe sous le charme de cette femme à qui on ne donne aucun âge. Ce qu’elle dégage est tout simplement apaisant, sans malveillance. Avoir une Jojo dans son entourage, c’est comme ce que dirait un enfant : c’est voir beaucoup de soleil dans notre journée.

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JOHANNE LEFEBVRE

A FRANCO-ONTARIAN TREASURE

Interview by Annie Lafortune
Images © Miguel Lalonde Photography

In 2011, she received the Trille Or in the best young audience category for her Le Camion rouge CD. In 2005 and 2007, she won Trille Or awards for her show À la ferme de Jojo and her CD by the same name. And in 2006, she won the Inspiration Coup de foudre award of Réseau Ontario. Not a typical journey, but one that launched her into a universe whose treasures only children truly understand.

Where it all started

Johanne Lefebvre never expected all that recognition from children. But things always happen for a reason. For the past 20 years, for youngsters and their parents, Jojo has been the epitome of the playful, lovable and clever educator.

Her family
Deeply sensitive to everything around her, Jojo grew up in Hammond on the family farm, surrounded by nature, animals she loved so much and beautiful flowers. She and her five siblings spent most of their time outdoors. The Lefebvre clan is very tight knit. Children, parents, uncles, aunts and cousins never miss a celebration, a chance to get together and sing along.

 “We have uncles and aunts who are musicians. That was a big deal when we got together. It was magical and joyful. And it still is whenever we get together these days. There is always room for music.”

Her musical gift

As far back as she can remember, Johanne always loved to sing, although she never thought about making a career out of it. With her deep love for animals, she saw herself as a veterinarian. And then, like most children. She changed her mind. She wanted to become a florist “so that I could have the most beautiful flowers around me,” she laughs.In her teens, she studied at École secondaire catholique L’Escale, in Rockland. School was not her favourite thing. What she really liked was her band, with whom she grew as a singer. “Every noon hour, we would get together and practice. That was what I lived for.” That was what motivated her.

By the end of high school, she was quite aware that studying was not for her. “I was so eager to buy nice clothes and nice shoes, that I went straight into the work force.”

Very soon, at the tender age of 17, she was hired in an administrative position in the federal public service. A few years later she married her first love, whom she had met at L’Escale, Mario Perrier. They have been together since their teens. “We have two beautiful children, Marilyne and Benoit, who are now 24 and 26.”

It was at work that music once again caught up with her. “I had lots of friends working with computers, and it’s funny because they were all musicians.” A coincidence? Hardly…

Her children were born before she joined another band outside of her work. “I would sing them children’s songs. I had a whole repertoire for them.”

The birth of Jojo

One day, the band was asked to perform at an important fundraiser for the Children’s Hospital of Eastern Ontario (CHEO) in Hammond. But a few days before the event, the musicians bailed. “There was a Formula One race in Montréal, and they decided that was where they wanted to be,” she laughs.

But she had no intention of cancelling on that important day.

“I opened by closet, put on my most colourful clothes, made a pigtail on the side of my head, added a bit of makeup, and voilà… Jojo was born!”

She hauled her little computer on stage with all of her children’s songs. “My little computer friend has been a part of my shows from the very first. I even wrote a song for it.”

That day changed her life. She was an instant hit. Ontario’s French schools fought over her. “I really didn’t see that coming!”

After a few years criss-crossing Ontario, with close to 1,000 performances, DVDs and TV appearances for Mini TFO, and the production and airing of a children’s series on Ottawa’s French Rogers TV, she started welcoming students to À la ferme de Jojo.

In 2012, the couple and their two grown children decided to settle at the Station 4 Saisons to welcome kids all year-round. “Instead of going to see the kids in schools, we had them come to us. Until June, we explore the farm. In March, it’s maple sugar time, and in December, it’s Jojo and Christmas for the animals. I always feel good working with the kids.”

A new public
Although Jojo still gives shows at Station 4 Saisons, she and her husband have extended its services from children to adults, to include things like weddings, private parties, business meetings, sugar shacks, and shows. They decided to go all out in order to provide a magical spot not only for locals but for all of Eastern Ontario.

Every last Thursday of the month, they host a comedy night, 4 Saisons de l’humour, featuring popular up and coming Franco-Ontario and Quebec comedians like Réal Béland. Their company is called Productions 4 Saisons.

At 55, Jojo still has that je ne sais quoi that pushes to keep going higher and farther. Comfortably settled in at Station 4 Saisons, she and her husband never tire of reinventing, innovating, offering and thinking about the well-being of their visitors, even though both of them took early retirement in order to be able to make their newest dream come true.

Higher and farther

Children and adults alike love Jojo’s – or Johanne’s, if you prefer – warmth. She awes everyone with her sense of wonder. You can’t help but fall under the spell of this ageless woman. Very simply, she makes you feel that everything is fine and good. Having a Jojo around is like having a sunny day.