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BERNARD LÉVESQUE

L'ART DE COLORER LA VIE

Entrevue par Annie Lafortune
Images © Photographie Miguel Lalonde

Avant même d’avoir vu la lumière du jour, il y était prédestiné. Bernard Lévesque, artiste-peintre, voit la vie en multicolore.

Figure emblématique de Rockland, Bernard n’a qu’à mettre le nez dehors pour qu’on le salue d’un geste de la main. Il ne s’attendait certes pas à cela gamin, dans son petit village du Nouveau-Brunswick. Tout ce qui l’intéressait, c’était de peindre la nature et tout ce qu’elle a de beau à offrir. Bernard Lévesque enseigne la peinture à l’huile et le dessin aux étudiants de tous âges dans son propre studio. D’ailleurs, le 20 septembre prochain il fêtera les 20 ans de Studio Art Plus.

Membre actif de la communauté artistique et culturelle de l’Est ontarien, il se spécialise dans la peinture à l’huile et tous les types de dessin. Depuis plus de 30 ans, sa contribution au paysage artistique de la région comprend de nombreux projets d’art public à Ottawa et Clarence-Rockland.

Bernard Lévesque est l’artiste qui a habillé de l’une de ses peintures la page couverture du livre Raconter l’Est ontarien dont le lancement officiel a eu lieu le 31 janvier dernier au restaurant Le Chardo. Il compte aujourd’hui plus d’un millier de toiles à son actif. Rétrospective sur l’homme, l’artiste.

 

Une enfance dans l’Est du Canada

Septième d’une fratrie de neuf enfants, Bernard vit ses 12 premières années dans les provinces de l’Atlantique. C’est enceinte du petit Bernard que la maman peint les superbes paysages qui l’entourent. C’est peut-être la raison pour laquelle, dès son plus jeune âge, il voue une passion pour ce médium. On peut dire qu’il est né avec un pinceau entre les doigts.
Son talent est inné. Lorsqu’il peint, il baigne dans un autre monde.

« Je voyage, je pars et je laisse aller mon imagination. Je communie avec la nature que je couche sur ma toile blanche »

Tout comme sa mère, il jette sur ses toiles la nature colorée qui l’entoure avec toutes les subtilités qu’elle a à offrir à la sensibilité des peintres.

Sur la porte de sa chambre se trouve un écriteau sur lequel on peut lire : Studio Bernard. « Je voulais être artiste-peintre, c’était ma voie, je ne me voyais pas faire autre chose », se souvient-il. La visualisation a été payante puisque bien des années plus tard, il l’aura son studio !

Du début des années 1960 jusqu’en 1970, son père n’est pas souvent à la maison. Politicien, il siège à Fredericton pour le compte du Parti libéral. Lorsque le petit Bernard a 12 ans, son père est transféré à Ottawa. Toute la famille plie alors bagage, laissant derrière elle villages, vallées, plages et océan du Nouveau-Brunswick pour se retrouver dans une métropole grouillante. Pour sa mère, c’est un choc, mais tous finissent par s’habituer à cette nouvelle vie qui s’offre désormais à eux.

Nouvelle vie, nouveaux défis

Après avoir terminé le collège, Bernard se dirige vers des études en art commercial. « Mon père voulait que je devienne architecte, mais moi je désirais quelque chose de plus artistique. » Pour Bernard, il est clair qu’il sera graphiste.

Diplôme en poche, il débute sa nouvelle vie professionnelle dans le domaine. « J’adorais le côté artistique que ma profession m’apportait. J’y retrouvais également le côté business, ce qui allait très bien avec ma personnalité », avoue-t-il.

Les choses ont rapidement évolué en graphisme au fil des ans. « Ce que je n’aimais pas, raconte Bernard, c’était l’arrivée des ordinateurs. Moi, j’aimais plutôt travailler avec mes mains. C’est alors que j’ai gravi les échelons et que j’ai occupé un poste de chef du département de design. C’est aux jeunes que je donnais le travail sur les ordinateurs », avoue-t-il en esquissant un sourire.

Après leur arrivée à Ottawa, Bernard et sa famille retournent chaque été dans leur petit patelin du Nouveau-Brunswick. Adulte, il a poursuivi cette habitude de ressourcement. Un jour, lors d’un autre voyage estival, il revoit son premier amour de jeunesse. Dès l’âge de six ans, lui et Myriam faisaient tout ensemble. « C’est même elle qui m’a appris à faire du patin », se souvient-il, nostalgique.

Plus tard, Myriam suit Bernard à Ottawa et s’installe avec son amoureux. Enfin réunis, ils peuvent penser à une vie de famille. De leur union naîtront deux enfants, Karine et Julien, qui ont hérité du côté artistique de leur père.

En 1985, la petite famille Lévesque déménage à Clarence-Rockland. « C’était ici que nous voulions élever nos enfants. On voulait retrouver la même qualité de vie que nous avions connue au Nouveau-Brunswick quand nous étions jeunes, ma femme et moi. » Aujourd’hui, les enfants du couple font la fierté de leurs parents. Karine, qui a étudié en histoire de l’art, travaille au Conseil des arts Prescott-Russell. « Elle nous a fait un merveilleux cadeau en donnant naissance à notre première petite-fille, Emma, qui a deux ans et demi », dit tendrement le nouveau grand-papa. Julien, lui, a fait de la peinture et évolue désormais en théâtre.

En 2000, Bernard prend un virage à 180 degrés. Il ouvre son studio de peinture à Rockland et deviendra pour de nombreuses personnes, surtout pour les plus jeunes, un mentor. « J’adore enseigner aux jeunes. Ils captent rapidement. J’aime leur transmettre cet amour de l’art et les bienfaits que cela nous apporte. »

À ses débuts, le studio se trouvait au Centre culturel Ste-Famille et ensuite au Club de golf Outaouais pour quelque temps. Depuis plusieurs années maintenant, le studio école est installé dans le garage double de sa résidence de Clarence Creek. Un studio fidèle à son image qui respire sérénité, création et imagination.

Malgré tout l’amour que l’artiste voue à sa passion, il abandonne parfois sa peinture pour se ressourcer. C’est dans le jardinage qu’il se reconnecte avec la nature, un lien privilégié qui le ramène aux sources, à ses valeurs.
Mais attention, Bernard ne s’arrête pas là! Chaque jour, de nombreux élèves l’attendent avec hâte. La raison en est simple. Il conduit un autobus scolaire et prend ses responsabilités au sérieux avec un humour qui donne à ses jeunes passagers l’envie de faire le voyage avec lui. « J’ai une journée bien chargée, mentionne-t-il. À 6h je m’occupe du transport des étudiants. Je reviens à la maison vers 6h30 et donne des cours jusqu’à 13h. Je repars ensuite à 15h pour ramener les enfants à leur domicile et je rejoins mon studio pour donner des cours de 18h30 à 21h30. »

Un homme occupé, direz-vous ! Oui, et il aime ça. Dans tout ce qu’il fait, Bernard a le don de faire voyager la plus sédentaire des personnes. Il arrive à amener son interlocuteur dans un univers de fraîcheur, à lui faire découvrir la beauté et l’amour de tout ce qui nous entoure. En fin de compte, Bernard Lévesque est plus qu’un artiste-peintre. C’est un être au service des autres qui, lorsque nous croisons son chemin, marque notre vie.