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MIKE SHORE

L’HUMBLE BARISTA

Entrevue par Annie Lafortune
Images © Photographie Miguel Lalonde

Ses cafés proviennent de 12 pays. Choisi avec soin, chacun est unique, biologique et équitable. Afrique, Indonésie, Amérique du Sud, Pérou, Mexique, Burundi, pour ne nommer qu’eux, leurs saveurs exceptionnellement veloutées et leurs arômes font voyager les amoureux de caféine dans des lieux paradisiaques qu’ils n’auraient peut-être jamais pensé visiter.

Mike Shore, micro-torréfacteur, exploite le Café Joyeux depuis maintenant deux ans à Rockland. Il sert et vend exclusivement des cafés biologiques et équitables qu’il torréfie à l’aide d’un tambour-torréfacteur Toper TKMS 10Kg alimenté au gaz naturel.

L’éthique
Pourquoi biologique et équitable? « Le but est d’appuyer des pratiques d’agriculture qui respectent nos produits et l’environnement et de promouvoir un marché équitable ainsi que des conditions de travail justes pour ceux qui travaillent à nous amener un produit que nous aimons tant », explique Mike.

Avant de se lancer dans la torréfaction biologique de café, Mike a évolué dans l’agriculture bio. Il se pose alors plusieurs questions sur la pureté des produits que l’on achète dans les grandes surfaces. « Je me suis demandé si ce que nous consommions venait essentiellement de la terre. Est-ce que ce que nous consommons est bon ou déformé par l’humain », s’était-il questionné.

Son expérience dans cet environnement lui a permis de se familiariser avec la pureté de la saveur retrouvée dans les produits biologiques. Il a également découvert une belle passion et une éthique hors norme des travailleuses et travailleurs du milieu.

« De plus en plus de consommateurs découvrent et aiment les cafés biologiques
faciles à reconnaître  par leur logo de certification bio, explique Mike. Ils préfèrent, pour leur plaisir et leur bien-être quotidien, des cafés plus naturels et pleins de saveurs. Ils recherchent
la garantie que ces cafés biologiques sont cultivés selon des pratiques agricoles
écologiques et que les procédés de transformation bio sont respectés. »

Contexte
Un café biologique est d’abord un produit agricole biologique. Il provient de plantations de café certifiées biologiques. Les petits producteurs de café bio sont regroupés au sein de coopératives qui favorisent les méthodes de travail plus traditionnelles fondées sur le recyclage des matières organiques. Par exemple, au Nicaragua, les cultivateurs utilisent le jus de papayes broyées pour protéger les plants de café des insectes. Ils améliorent l’écosystème par la diversité des cultures. Dans les plantations, les caféiers arabica côtoient les bananiers, les avocatiers et vivent avec une grande variété de plantes, de fleurs et de grands arbres dont l’ombre les abrite à la fois du soleil et du froid des montagnes.

« On dit qu’un café est certifié bio lorsqu’il est contrôlé par les agriculteurs, les coopératives, les torréfacteurs et par des organismes certificateurs agréés », renchérit-il.

Le mentor
Avant de penser d’ouvrir son propre café à Rockland, Mike a suivi les conseils de son mentor, Joël Béland. Ce dernier, ancien propriétaire du Café de Joël, a pris le jeune trentenaire sous son aile et lui a tout appris. « Et là, je me suis dit qu’on pourrait, à nous deux, essayer quelque chose ensemble. » Joël accepte alors d’aider son élève à évoluer encore plus dans le domaine, de le seconder et de lui transmettre toujours plus de connaissances pour qu’il puisse voler de ses propres ailes en se vouant entièrement à sa passion.

Un homme simple et attachant
D’un côté plus personnel, Mike Shore est plutôt du genre discret. Drôle et sympathique, il dégage cette sensibilité, cette douceur qu’il est bon de sentir chez un être humain. On se dit alors qu’il doit mettre toutes ses qualités au profit de son café lorsqu’il le torréfie. C’est un passionné du métier et ça se sent…

Les tatouages
Quand on le rencontre, on peut s’étonner devant ses tatouages apparents. Il en a une bonne quarantaine sur son corps. Chacun a sa signification. Par exemple, les deux tatouages qu’il a sur ses avant-bras : « L’un représente un cercle et l’autre un triangle. Tous deux évoquent l’infini, l’infiniment grand », dévoile-t-il.

L’enfance
Issu d’une famille de deux enfants, c’est à Nepean qu’il grandit entouré d’amour, dans l’ouest d’Ottawa. « Quand j’étais jeune, j’aimais être seul… à rêver, à penser. Je me souviens que je voulais être avocat pour faire beaucoup d’argent, dit-il en riant. Je voulais être riche, je trouvais ça cool être riche. Je ne voulais pas sauver le monde. Mais adolescent, j’ai abandonné ce rêve. J’étais plutôt centré sur moi. Je faisais uniquement ce qui me plaisait. C’est sûrement la raison pour laquelle, lorsque je suis arrivé à l’université, je ne savais pas du tout dans quel domaine me diriger. »

Il en ressort tout de même avec un baccalauréat en histoire, de l’Université d’Ottawa. « C’était le cours le moins exigeant. Je n’avais vraiment pas envie de travailler fort. Ce n’était pas pour moi les études », renchérit-il.

Il confie qu’au début de la vingtaine, il manquait un sens à sa vie. Il se sentait vide. Il avait 23 ans lorsqu’il a fait son tout premier tatouage. Logique, puisqu’ils sont les témoins de ses questionnements. « Je ne parle pas de religion, mais de spiritualité », tient-t-il à souligner. Selon Mike, il est important de se poser les bonnes questions dans la vie, pour notre propre évolution.

« C’est essentiel de passer à travers la vie en travaillant sur soi car ici, ce n’est qu’un voyage, mais rempli de découvertes intérieures. »

Aujourd’hui, on le sent bien ancré, bien au fait de ce qu’il est en tant que personne. Tranquillement, le voyage intérieur se poursuit et c’est sûrement pour cette raison qu’il tient à faire voyager ses clients dans des contrées encore inconnues pour eux grâce à ses cafés.

D’ailleurs il n’évolue pas que du côté personnel, mais aussi du côté professionnel. Son Café Joyeux se retrouve dans quelques commerces de Prescott-Russell. On peut en trouver chez Vert Fourchette à Vankleek Hill, au Club de golf de Hammond et à L’Amie de la santé à Hawkesbury.

Vision d’avenir

Le voyage professionnel de Mike ne fait que commencer et déjà sa feuille de route se remplit. Tout est dans l’amour, dira-t-on. Lorsqu’on aime, qu’on est passionné, rien ni personne ne peut nous arrêter. C’est ce qui arrive à Mike. Celui-ci poursuivra certainement toujours sa route dans le but de faire du bien, non seulement à lui-même, mais également aux autres, et ce, avec toute l’humilité qui dessine ce personnage attachant.