Frédérick Miner »

FRÉDÉRICK MINER

AU SERVICE DE LA NATURE

Entrevue par Annie Lafortune
Images © Photographie Miguel Lalonde

C’est tout petit qu’il est tombé en amour avec la terre, la nature. Alors aujourd’hui, on ne s’étonne pas de voir Frédérick Miner jouer avec les plantes, les poissons et les légumes, mais pas de façon traditionnelle. Ce Franco-ontarien de Curran a découvert une pratique agricole innovatrice : l’aquaponie.

Les débuts

Retour en arrière dans les années 1960. Petit garçon tranquille, Frédérick a déjà le pouce vert alors qu’il ne mesure que trois pommes. Originaire de Hawkesbury, il est élevé sur la ferme de trois acres de ses grands-parents qui l’initient rapidement à l’amour de la terre. Il tombe carrément sous le charme de cet univers, de cette liberté.

« Voir un grain pousser pour qu’il devienne un plant solide est devenu une vraie passion. Être témoin de quelque chose d’aussi petit qui prend vie, c’est fabuleux ».

Cette étincelle qui pousse sans aucun pesticide, mais qui est nourrie avec de l’engrais biologique, représentait pour lui une valeur sûre et cela donnait à chaque légume du jardin une personnalité qui lui était propre. « Les légumes qui poussent sans pesticides ne se ressemblent pas. Ils sont tous différents, ils ont leurs propres caractéristiques, raconte Frédérick, tandis que les pesticides les rendent tous identiques, ce qui n’est pas normal. »

Frédérick a très vite saisi la complexité mais aussi la merveille entre le grain, l’eau, la terre et l’humain qui est responsable de garder tous les plants en santé. « La plante nous nourrit, ajoute-t-il, et c’est à nous de comprendre ce qu’elle a à nous offrir. Nous en sommes les bergers. »

L’envol

Frédérick baigne dans ce bonheur et cette richesse naturelle jusqu’à son adolescence. Par la suite, il prend doucement son envol, abandonne l’école en 10e année et se marie à l’âge de 18 ans avec son amour de jeunesse, Guylaine. Ils évoluent tous les deux, main dans la main, dans leur maison d’Hawkesbury. « Je savais qu’elle était mon âme sœur, dit-il avec tendresse. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. »  Comme tous les couples, ils connaissent des moments plus difficiles, mais rien ne les a jamais séparés. Et de leur amour, naîtront quatre beaux enfants. « On a su faire notre place », lance-t-il avec fierté.

Son premier boulot lui ouvre les portes en tant qu’électricien. Il évoluera quelques années dans ce domaine pour, par la suite, se diriger vers la robotique et la fonderie. « C’est là que j’en ai appris beaucoup sur la vapeur. Je ne savais pas qu’un jour ça me servirait, mais j’ai toujours gardé le procédé en tête. Et, plus tard, j’ai appliqué le côté vapeur à mon système aquaponique », relate Frédérick. Pour cet amoureux de la vie, il est important de toujours garder l’esprit ouvert. « Car, dit-il, tout arrive pour une raison. Il faut penser en dehors de la boîte. »

Le coup du sort

À la mi-vingtaine, le jeune homme a besoin d’un changement professionnel et se dirige dans l’isolation résidentielle et commerciale. Avec son expérience et son envie d’être son propre patron, il ouvre son entreprise et travaillera dans ce domaine pendant environ dix ans. Mais un coup du sort l’oblige à tout arrêter en 2006.

Alors qu’il est à Kingston, il se fait piquer par une tique. Cette épreuve bouleverse complètement sa vie. Atteint de la maladie de Lyme, son corps ne répond plus. Les symptômes s’emparent tranquillement de lui. Il est incapable de se déplacer, il éprouve de la fatigue chronique, il a mal, très mal. « Je n’ai plus d’odorat, plus de sensation dans les mains. Je dois regarder ce que je touche car je ne sens rien », raconte-t-il. Il souffre constamment d’engourdissements dans ses jambes et ses pieds. Depuis ce fâcheux évènement, il se déplace difficilement avec une canne. « Ce n’est que depuis 2019 que je peux me déplacer sans canne. » Frédérick change son alimentation. Il revient alors aux sources en mangeant bio.

Changement de cap

Tout travail physique lui est maintenant impossible. Il doit donc réfléchir à son avenir et à celui de sa famille. Il commence à faire des recherches sur ce qu’il aime, soit le jardinage. « On a toujours besoin de nourriture, se dit-il alors. Pourquoi ne pas commencer à faire pousser nos propres légumes, non pas à l’extérieur mais à l’intérieur, à l’abri. »

C’est alors que, pendant tout un hiver, dans son petit garage attenant à la maison familiale, il fait pousser des légumes. Il se rend compte qu’il y a un réel potentiel pour agrandir, car sa récolte est belle et bonne. Le couple décide alors de dénicher une maison qui aurait une terre sur laquelle il pourrait y installer une grande serre et créer quelque chose. Après maintes recherches, le couple trouve une maison assise sur un acre de terre. Frédérick et Guylaine prennent alors les grands moyens et déménagent le clan Miner à Curran, à la limite de Bourget.

S’ensuit alors une belle évolution dans la culture. Après avoir effectué des recherches, Frédérick  s’essaie dans la combinaison de la pisciculture et de l’hydroponie. Il découvre une nouvelle méthode de jardinage. Au lieu de labourer la terre et d’être à la merci de la température, il produira ses propres légumes dans un cycle fermé grâce à la culture de plantes et aux poissons. En gros, il s’agit d’un juste mélange entre l’hydroponie, c’est-à-dire la culture hors-sol par l’eau, et l’aquaculture qui désigne les activités de production animale ou végétale en milieu aquatique.

Cette pratique nouvelle dans un environnement contrôlé lui permet, avec ses limitations physiques, de travailler dans la serre. « En fait, avoue-t-il, ce n’est pas un travail mais une réelle passion. C’est un jeu agréable pour moi. »

Le processus

Frédérick explique que le tout part d’un minuscule grain se trouvant dans un petit cube de tourbe avec le bon niveau de pH. Ensuite, on introduit les nutriments offerts par la déjection des poissons qui devient de l’ammonium dissout et qui se transforme en acide nitrique, soit de la nourriture naturelle pour les plantes. Les racines absorbent les nutriments. « Ça pousse dans l’eau, sur un plateau de styromousse. Les racines, elles, n’ont pas besoin de travailler aussi fort que si elles étaient dans la terre pour essayer de pousser », explique-t-il. Ce qui est de trop devient de la nitrate, inoffensif pour les poissons qui sont, pour Frédérick, les vrais héros de leur système, le coeur de la réussite.

Comme Frédérick l’a expliqué, avec le bio, il n’y a aucun légume identique. Chacun a son aspect bien à lui. Chaque légume est unique. « Il n’y a aucun pesticide, aucun produit chimique, aucun grain modifié ou cloné. On a malheureusement formé l’humain à faire ce genre de culture néfaste pour notre corps », dit-il peiné.

Prendre soin de la terre et de ce qu’elle offre est un privilège, une forme de respect pour la grande Dame. Pour lui, il est indéniable qu’il faille être un bon guide. Savoir écouter et observer pour ensuite partager. Partager le savoir-faire et apprendre le métier qui ne se retrouve dans aucun livre. Frédérick a appris “sur le tas” en faisant des recherches, en étant curieux.

Depuis peu, Frédérick, sa femme et l’une de leurs filles s’investissent à 100 p. 100 dans leur nouveau magasin, situé à Bourget. Le nom? Magstore & More. Ils y vendent leurs produits biologiques et aussi ceux de 33 producteurs biologiques locaux, en accord avec le ministère de la Santé. Pour les Miner, il est clair que les gens se rapprochent de plus en plus de la nature. Ils le voient, le constatent. « Quand ils viennent chez nous, au magasin, on les voit heureux », se plait-il à dire.

Cette nouvelle recette du bonheur, Frédérick la transmet à tous ceux qu’il croise grâce à son amour de la nature, aux gens qui l’entourent et bien sûr, à sa famille.

« Il n’y a pas de place pour l’ego, confie-t-il. Nous devons être au service de la nature. Apprendre et respecter ce qu’elle nous donne et qui se trouve ici, juste sous nos yeux », conclut-il, serein et souriant.

 
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