Sophie Reitano »

SOPHIE REITANO

POUR LE BIEN DE LA COMMUNAUTÉ

Entrevue par Annie Lafortune
Images © Photographie Miguel Lalonde

Petite, elle rêvait de changer le monde, de sauver la veuve et l’orphelin. Son plus bel exemple? Sa mère. Petit regard sur le chemin de vie de cette jeune femme qui n’a jamais abandonné l’idée d’embrasser la profession d’avocate.

C’est à Curran que Sophie grandit, entourée de sa sœur et de ses parents : un père immigrant italien, qui exerçait le métier de barbier et une mère avocate franco-ontarienne pour qui la langue de Molière était d’une importance capitale. « Mais comme mon père ne parlait pas le français, c’est l’anglais que nous parlions à la maison », se souvient-elle. Très jeune, elle apprend l’italien et fréquente même une école italienne tous les dimanches à Ottawa.

Lorsque la petite Sophie commence la maternelle, sa mère laisse son boulot en communication au gouvernement et se reconvertit professionnellement en droit. « Je la voyais beaucoup étudier, relate-t-elle, et j’aimais la voir avec tous ces papiers autour d’elle.

Je faisais semblant de prendre des notes, comme elle. C’est là que je me suis dit que je serais avocate plus tard, comme ma mère. »

Et l’idée a fait son petit bonhomme de chemin, s’imprégnant solidement dans son cerveau. L’objectif était ultime pour Sophie. Rien ni personne n’aurait pu la faire changer d’idée. Avant de se diriger en droit, Sophie s’était inscrite au baccalauréat en commerce car elle savait que cela lui servirait un jour. « Ma mère m’a toujours dit de faire quelque chose qui me passionne », raconte la jeune femme. Elle adore tout ce qui touche au commerce. « Le commerce, c’est noir ou blanc. Il n’y a pas de nuance. J’adore les mathématiques, l’aspect plus pratique des choses. »

Cheminement scolaire

Très cartésienne, patiente et possédant une force de caractère, Sophie débute ses cours de commerce et en ressort avec son premier baccalauréat en poche. Ne perdant pas de temps, elle s’inscrit aussitôt en droit. « Lorsque j’étais aux études, ça ne prenait que trois ans, mais aujourd’hui les étudiants doivent faire quatre ans d’études. Ensuite, on compte un autre trois ans pour obtenir son bac en droit », explique-t-elle.

Sophie a adoré ses années à l’université. Elle en est ressortie avec son baccalauréat en droit, comme il était prévu dans son chemin de vie. Devenir avocat exige plusieurs étapes de formation. Durant leur stage obligatoire de 10 mois dans une firme d’avocats, les candidats exercent tous les actes qui sont du ressort exclusif de l’avocat sous la supervision d’un maître de stage.

Sophie désirait se diriger en droit de la personne pour, peut-être, travailler chez Amnistie internationale. Elle voulait apporter sa propre contribution. « Mais c’est très difficile car pour obtenir un stage dans une firme d’avocats il ne faut pas vraiment être capricieux. Il y a beaucoup de compétition », avoue-t-elle. Lorsqu’elle obtient un stage, une cléricature d’une durée de 10 mois à Ottawa, la direction professionnelle de Sophie prend une autre voie. Elle se joint à une firme se spécialisant en litige civil et acquiert de l’expérience dans ce domaine. Cela lui permet de débattre des points de vue, ce qui est parfait pour la future avocate.

« À l’université on a le nez collé dans les livres, on n’a pas vraiment d’expérience concrète sur le terrain. Le stage est extrêmement bénéfique »

« Contrairement au commerce, le droit est gris, rapporte-t-elle. On peut passer par différents arguments. Il y a plus d’analyse. Ça m’a donc pris un peu plus de temps pour saisir l’aspect analytique et la subtilité de la profession », se rappelle-t-elle.

Elle passe par la suite les deux examens obligatoires du Barreau de l’Ontario qu’elle réussit et est reçue avocate en juin 2009. Après cinq années à travailler pour la même firme d’avocats, elle ressent le besoin de revenir à la source, chez elle, dans son patelin.

Son cabinet
Mariée et maman de deux petites filles, elle s’installe avec sa famille à Hammond. Elle se joint à une équipe d’avocats à Rockland et acquiert encore plus d’expérience. Elle y exerce le droit pendant huit ans pour ensuite ouvrir son propre cabinet à Rockland, en mai 2019, dix ans presque jour pour jour après avoir débuté sa profession.

« J’avais besoin d’ouvrir mon cabinet pour m’épanouir encore plus, explique Sophie. Je voulais prendre mes propres décisions, je savais vers quoi je m’en allais. » Elle choisit d’installer ses bureaux à Rockland, tout simplement parce qu’elle vient de la région et désire rester fidèle à sa communauté. Elle a un plan bien précis, celui d’agrandir son équipe. « Pour l’instant, j’ai trois adjointes qui travaillent avec moi. Mais je compte bien augmenter le personnel », soutient-elle, décidée.

Pour cette avocate de 34 ans, il y a une chose à laquelle elle tient par-dessus tout : sa famille. Celle-ci restera toujours sa priorité. Malgré les heures de travail qu’elle collectionne, Sophie se fait un devoir d’être toujours présente pour ses filles. « Je m’assure d’être là pour manger avec elles et pour les mettre au lit, assure-t-elle. Même si je ramène du boulot à la maison, j’arrête tout pour être avec ma famille… et je reprends le travail en soirée. »

Sa communauté
Sophie s’implique également dans sa communauté. Club optimiste, Chambre de commerce… elle trouve important de participer à l’évolution des choses, chez elle, sur son territoire. Et tout comme Sophie l’a fait étant petite, la plus grande de ses filles évolue dans la danse compétitive. Pour la jeune avocate, c’est une fierté de l’accompagner dans les différentes compétitions.

Son implication
Il y a trois ans, un dur coup s’abat sur la famille Reinato. En février 2017, la maman de Sophie est emportée par la maladie de Lou Gehrig, la sclérose latérale amyotrophique. Depuis le départ de leur mère, Sophie et sa sœur Christina s’investissent dans la collecte de fonds pour cette maladie. Chaque année, au mois de mai, elles organisent la journée Danser et bouger pour la SLA. C’est au studio de l’Académie Extrava Danse à Rockland qu’elles oublient tout pour se consacrer à leur mère et à cette terrible maladie. « L’an dernier, nous avons recueilli plus de 1000 $. Nous sommes très touchées de la générosité des gens. Cette année, nous espérons en amasser autant, sinon plus », dit-elle avec un sourire.

Sophie n’arrête jamais. La petite fille qui avait un objectif bien précis a atteint son but. Elle poursuivra sur sa lancée. Elle ne cherche pas à aller plus haut professionnellement. Elle est heureuse dans ce qu’elle fait. Son but est simple mais combien important : faire du bien autour d’elle.

Que dirait-elle aux jeunes femmes qui désirent embrasser la même profession qu’elle? « Je dirais tout d’abord que les cours de droit ne sont pas faciles, mais que si elles veulent vraiment être avocates, elles doivent tenir leur bout, ne jamais lâcher. Foncer. Tous les rêves sont réalisables. »